ANSMFIS | Association de parrainage d'enfants en Inde et à Madagascar

Voyage à Madagascar du 2 au 24 avril 2013

Enfants MadagascarBrigitte ESNAULT (Responsable des Parrainages à Madagascar)

C’est mon 5ème voyage à Madagascar et cette année, j’étais accompagnée de Dominique DEBIOLLE, La Présidente et son mari ainsi que de Marie-Françoise CHAMBET, Membre du Conseil d’Administration.

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Récits de voyage

« Certains pensent qu’ils font un voyage.

En fait, c’est le voyage qui nous fait »

C’est ce qui était écrit sur le marque-page que j’avais inséré dans mon carnet de voyage en partant à Madagascar…Eh bien,  j’allais voir ce que ce voyage ferait de moi !

Je savais que je partais dans un des pays les plus pauvres de la planète, mais entre,  en avoir entendu parler quand on est chez soi à l’abri du manque, et toucher du regard cette pauvreté dans sa réalité,   il y a un fossé immense…

Ma première semaine s’est déroulée à Mahajanga, au Nord-Ouest de l’île, région chaude. J’allais y faire la connaissance de Mario,  mon filleul. L’accueil de Sœur Elsy et des autres sœurs a été des plus chaleureux. Elles m’ont dit combien elles sont heureuses d’accueillir les parrains et marraines. Je logeais dans le dispensaire, inauguré en juillet 2006, au beau milieu d’un quartier extrêmement pauvre où la plupart des habitations sont en tôles, et où les  familles s’entassent dans une pièce unique. 

J’ai adoré me promener sans but, dans ce quartier. Les enfants étaient tout heureux de venir me prendre par la main pour faire un bout de chemin, me demander de les prendre en photo. J’ai adoré la spontanéité et les salutations des enfants : « bonjour vazaha ». Ici, les parents n’interdisent pas aux enfants de parler à une personne qu’ils ne connaissent pas ! On est loin du tout sécuritaire !

A 6 heures du matin, les rues sont déjà animées ; une bonne douzaine de personnes attend l’ouverture du dispensaire. A 7 heures, le couloir du dispensaire est rempli de patient « très patients », même les enfants sont sages ; il ne désemplira qu’en milieu d’après-midi. Je suis admirative devant leur calme et ne peut m’empêcher de penser à nos mouvements d’humeur parfois, lorsque nous sommes obligés de patienter dans une salle d’attente. Sœur Elsy gère le dispensaire avec beaucoup de rigueur, de dévouement…et d’humour. Ce centre de soins, doté d’un appareil pour l’échographie, d’un laboratoire d’analyse et d’une pharmacie semble être une bénédiction pour les gens du quartier et des environs, qui ne pourraient absolument pas payer une consultation en ville.

Au foyer St François, dans le même quartier, Sœur Henriette, s’occupe avec une très grande gentillesse, de donner à manger le midi à une quarantaine de personnes âgées sans famille (et sans retraite), une bonne assiette de riz avec des légumes et un verre de lait. Là aussi, quel accueil !...j’ai eu droit à des chants de bienvenue qui m’ont fait monter les larmes aux yeux. Il y a des personnes trop âgées ou trop handicapées pour se déplacer ;  les sœurs et les jeunes aspirantes (jeunes filles qui se destinent à la vie religieuse) vont porter les repas dans le quartier. Elles essaient de ne laisser personne dans l’isolement.

A plusieurs reprises, je me suis rendue chez mon filleul. Son habitation est construite en dur, ce qui est presque un privilège : une simple pièce de 9 m² environ avec un petit dégagement à l’entrée. C’est là que vivent, dorment, mangent les huit personnes de sa famille. Je découvre un jeune garçon  de 13 ans et demi avec les allures un peu gauches propres à l’adolescence mais notre joie est réciproque. Il va à l’école par demi-journée, faute de place dans l’établissement. Je le félicite car il se débrouille assez bien en français. Sa maman, mère de six enfants, vend du pain dans la rue pour environ un euro par jour. Elle me dit sa fierté d’avoir des enfants scolarisés et ne cesse de me dire merci pour le parrainage de Mario, ce qui me met assez mal à l’aise. Si bien que lorsque je quitte la famille, je me pose des questions : Je me dis que finalement j’aimerais peut-être mieux aider l’association sans parrainer, pour éviter tous ces remerciements … et puis plus tard en y réfléchissant, je me dis que si je n’avais pas parrainé Mario, je n’aurais peut-être pas entrepris ce voyage qui au départ était motivé par le désir de rencontrer cet enfant dont je ne connaissais que les bulletins de note…

Au Foyer Marie-Virginie, Sœur Elsy partage sa chambre avec quatre autres sœurs. Pas d’intimité, pas de confort…c’est un choix…Sœur Elsy me confie qu’elle a choisi de vivre sa vie au milieu des pauvres et que son mode de vie, et celui des  sœurs qui ont accepté de la rejoindre, devaient se rapprocher du leur. C’est aussi là que les sœurs préparent le repas pour une bonne soixantaine d’enfants, chaque midi  (pour la plupart c’est leur unique repas de la journée). Comme pour les personnes âgées, au menu : du riz, avec un peu de légumes verts et un peu de viande. Les assiettes sont vite avalées et aucun reste ne part à la poubelle ! Nouvelle séquence émotion pour moi : une petite fille me lit un mot de bienvenue, puis les enfants chantent en dansant  une farandole et me remettent  des cadeaux. Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter tout ça ? Après le repas, corvée de vaisselle pour certains et brossage des dents pour tout le monde, le tout dans la bonne humeur.

Le jour de Pentecôte, j’assiste à une messe à l’église catholique. Toutes les femmes, de la plus jeune à la plus âgée, s’habillent avec de jolies robes, c’est vraiment la fête. Pour ceux qui connaissent les messes en France et qui les trouvent parfois un peu tristounettes, je conseille un petit passage dans une église malgache, qui plus est, un jour de fête ! Les chants n’y sont pas chantés du bout des lèvres !

Au bout d’une semaine, retour à Tana avec ses rues grouillantes, ses innombrables 4 L et 2CV transformées en taxis, souvent brinquebalants et poussifs, ses gamins des rues en guenilles qui vous sollicitent à tous les coins de rue, ses vendeurs ambulants sur les trottoirs et son inévitable pollution due à la vétusté des véhicules. Je retrouve Françoise, la mère de mon gendre, qui était restée dans sa famille à Tana et avec qui je ferai le reste du voyage.

A Tana, nous rendons visite aux sœurs qui s’occupent des enfants parrainés ; Sœur Perline et Sœur Lucienne, toutes les deux arborant de larges sourires, sont très heureuses de nous montrer le réfectoire fraîchement repeint dans des jolis  tons orangés, et l’installation d’un évier neuf, qui ont pu être réalisés grâce à l’argent des parrainages. Elles nous montrent également l’espace qui a été aménagé et peint dans la véranda, de façon à agrandir le réfectoire et ainsi ne plus faire que 2 services le midi. Cet espace est utilisé également l’après-midi, pour les enfants qui n’ont pas cours ; une dame y fait bénévolement du soutien scolaire. Je promets de revenir avant de repartir en France pour prendre les courriers des enfants parrainés.

Après deux jours passés à Tana, grande envie de respirer de l’air pur : direction, la petite ville d’Ampéfy à 120 km à l’Ouest de Tana. De bon matin, en route pour la gare (pour ne pas dire la jungle) des taxis-brousse où il faut oublier qu’un jour on a connu des moyens de transport qui partent à l’heure. Mais la quiétude des malgaches vous y invite. On apprend vite que la relation au temps est toute relative… Le taxi-brousse ne démarre que lorsqu’il est plein… et bien plein ! Cette fois-ci, il a fallu deux heures. Un havre de paix ce petit village d’Ampéfy, avec ses cultures d’avocats, de cannes à sucre, d’haricots secs, ses élevages de canards et son lac poissonneux. Superbe ballade dans la région anciennement volcanique, jusqu’aux magnifiques chutes de la Lily. Des jeunes du village travaillent la pierre volcanique pour en faire de la pierre ponce aux formes les plus variées, qui sera vendue aux touristes de passage. Une toute jeune femme nous sert de guide pour aller jusqu’à la deuxième chute. Et des membres de sa famille nous raccompagnent ensuite pour parcourir les 3km de piste,  en charrette à zébus…une autre façon d’apprécier le rythme de vie malgache : mora-mora (le contraire de vite-vite, d’ailleurs je ne suis pas sûre que le mot « vite » existe dans la langue malgache)

La dernière semaine, direction le Centre-Sud, le but étant de rejoindre le centre de parrainage de Manandriana, à une cinquante de km d’Ambositra,  petite ville agréable connue pour l’artisanat du bois. A notre arrivée à Ambositra, nous essayons de prévenir les sœurs de notre arrivée, par téléphone : peine perdue, le réseau ne passe pas. Nous comprendrons pourquoi le lendemain, quand nous verrons  l’isolement du village. Bien que ne nous attendant pas, Sœur Modestine et Sœur Henriette, nous ont accueillies à bras ouverts. Sœur Modestine a immédiatement bousculé ses programmes pour nous faire visiter toute l’école, de la maternelle au CE2 (en moyenne 50 élèves par classe). Les enseignants étaient très heureux de la visite. Sr Modestine s’occupe de la maternelle ; elle est contente car cette année, elle  a pu acheter des jouets pour les enfants.

Dans ce village, j’ai trouvé que la pauvreté accentuée par le froid, était vécue de façon très digne. Sr Modestine nous a fait visiter plusieurs familles d’enfants parrainés. Chez la maman d’Esther, nous découvrons un intérieur arrangé soigneusement, avec peu de mobilier.  Sœur Modestine est très heureuse du changement opéré chez cette maman qui, il y a encore quelques mois en arrière refusait même de prendre un balai pour nettoyer. Les encouragements et le soutien des sœurs semblent avoir porté leurs fruits et peut-être également le retour de son mari revenu depuis peu, après trois années d’absence inexpliquée. A Madagascar, il est très fréquent que les hommes partent ainsi plusieurs mois en abandonnant toute la famille,  ce qui oblige les femmes à se débrouiller seules, du jour au lendemain,  pour trouver de quoi nourrir, élever et éduquer les enfants. Dans ces situations, la mission de parrainage trouve vraiment toute sa raison d’être.

Les parents d’Aimé étaient  très heureux de poser ensemble pour la photo. La maman tient une minuscule échoppe de petits gâteaux qu’elle fabrique elle-même  et le papa vend des poissons qu’il élève dans un étang. C’est avec l’aide des sœurs qu’il a pu créer cette activité.

A la nuit tombante, Sœur Modestine nous conduit dans d’autres familles un peu plus éloignées. Tout d’abord, dans la famille de François, un autre enfant parrainé, où là c’est la maman qui est partie il y a deux ans, lorsque le dernier enfant avait 1 an ;  c’est le papa qui s’occupe des 5 enfants. On sentait beaucoup d’affection entre ce père et ses enfants. Nous avons grimpé l’échelle, un peu à tâtons, pour accéder à la pièce unique où les enfants étaient sagement assis, éclairés par un petit feu de cheminée où cuisait le riz pour le repas du soir. Les ouvertures sont étroites mais dépourvues de fenêtre, par conséquent, rien n’arrête le froid. Quand j’ai appris par la suite qu’ils n’ont en général qu’une couverture par famille sous laquelle tout le monde se serre pour se tenir chaud, j’ai eu un peu honte d’avoir dormi avec mes chaussettes malgré mes trois épaisseurs de couvertures !

Ensuite, visite plus rapide à la famille de Jean-Baptiste, famille de huit enfants, dont l’aînée Véronique est partie à Mahajanga, avec Sœur Elsy.  Le père était là, ivre, et parlait beaucoup. La maman et les enfants se taisaient. Sr Modestine nous expliquera que le problème de l’alcoolisme est un vrai fléau dans cette région et qu’il serait la cause de nombreux cas de tuberculose, car, ajouté à la malnutrition, il diminue les défenses immunitaires. La solidarité familiale est mise à contribution. : en  plus de ses propres enfants,  cette famille a en charge les neveus,  Frédeline et ses 4 petits frères et sœurs ; leur père, également alcoolique, est séparé de la maman. Grâce à la machine à coudre reçue l’an passée, la maman a commencé à gagner un peu d’argent mais ce travail de couture n’est pas suffisant pour élever seule 5 enfants. C’est ainsi qu’elle a dû faire le choix de partir faire la saison du riz loin de chez elle, en confiant ses enfants à la famille.

Nous repartons à la nuit. Heureusement, il y a un beau clair de lune. Fredeline et les autres enfants, ainsi que la maman de Jean-Baptiste nous raccompagnent jusqu’au village en guidant nos pas sur les petits chemins étroits qui bordent  les rizières. Nous sommes loin d’avoir leur agilité et leur assurance ! Les enfants sont débordants d’attention envers nous… C’est eux qui nous prennent par la main ! Je me sens bien petite devant toute cette attention alors que c’est eux qui auraient besoin de la nôtre.

Toutes ces visites m’ont beaucoup émue, pour ne pas dire bouleversée...pas de plaintes, pas de lamentations…toujours des sourires. Je me suis dit qu’il faudrait se creuser les méninges  pour inventer des moyens efficaces qui les aideraient  à assurer leur  minimum vital.

Le soir, chez les sœurs,  toutes les portes sont verrouillées avec soin, car à plusieurs reprises, des bandits ont essayé de voler les stocks de riz. Une fois, ils ont même réussi à casser la porte d’entrée ; ce sont les villageois, alertés par les cris de sœurs, qui sont venus faire fuir les pillards.

Le lendemain matin, jour du marché : un vrai déballage de couleurs ! Comme chaque mercredi, Sœur Adeline distribue à l’arrière de la maison quelques mesures  de  riz aux familles les plus pauvres parmi les pauvres, en notant consciencieusement sur un carnet  le nom des bénéficiaires afin de ne pas donner toujours aux mêmes.

Je regrette beaucoup de ne pas rester plus longtemps dans ce village mais nous devons penser au retour. Nous quittons  Manandriana en milieu de journée, dans un taxi-brousse rempli de gens venus au marché et qui repartent avec leurs achats de toute sorte : il ne reste  pas le moindre petit espace inoccupé. C’est ainsi que je ferai le voyage avec une petite fille dans les bras, qui s’endormira cinq minutes après le départ.

De retour à Tana, je suis invitée à déjeuner par Sœur Lucienne. C’est samedi, les enfants ne viennent pas au centre. Je fais la connaissance de Sœur Yolande, une jeune sœur infirmière qui suit une formation de sage-femme. Nous abordons la question des femmes. Elle me parle de la solidarité qui existe entre elles : parfois des jeunes femmes viennent accoucher et n’ont même pas un lange pour le bébé, alors on fait le tour des chambres voisines… L’accouchement est gratuit mais les patientes doivent acheter les médicaments nécessaires. Elle insiste sur le fait que le tout gratuit n’est pas bon. Lorsque je lui fais part de mon étonnement par rapport à l’extrême jeunesse des mamans, elle me dit qu’effectivement il y a toute une éducation à faire auprès des femmes, mais que ce sera un travail de très longue haleine, car il faut tenir compte des rituels et des coutumes de chaque famille. Il faudrait plus de partenaires sociaux et médicaux pour des campagnes d’information et de responsabilisation.

Au cours de ce voyage, j’ai rencontré des gens qui ne possèdent rien, le but de leur vie n’étant pas de créer des richesses ou d’accumuler des biens ; ils savent se contenter de très peu. Est-ce pour cela que les malgaches ne semblent pas connaître la déprime ?... J’ai réalisé qu’il existe d’autres valeurs que nos valeurs européennes et que nous sommes loin d’être les meilleurs… J’espère rester longtemps imprégnée de ce que ce voyage m’a enseigné, entre autres, la patience, une certaine nonchalance paisible,  la solidarité même quand on manque de tout, la faculté de vivre l’instant présent, la spontanéité, le bon accueil réservé à l’étrangère que j’étais, et surtout la capacité à accepter les difficultés de l’aujourd’hui, sans en vouloir à la terre entière et en gardant toujours le sourire.


Annie, la Marraine de Mario.
Mai 2008

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